Pourquoi vous avez le droit de ne rien foutre (à la rentrée)
La dolce-vita-post-vacances
C’est la REPRISE. C’est la RENTRÉE. Ces deux gros mots sont sur toutes les lèvres. Et voilà qu’on se retrouve vite noyé·e sous dix mille tonnes de trucs à faire (comme tous les fckn ans).
Alors bon : si on se foutait la paix cette année finalement ? Allez, venez, on vous explique comment.
La réussite à tout prix ?
Vous connaissez notre opinion sur le « quoiqu’il en coûte » (surtout depuis que Macron l’a fait entrer dans son vocabulaire) : on n’est pas franchement pour.
Et il se trouve qu’à la rentrée, rôde toujours un pas-si-fantôme-que-ça héritier de nos sociétés obsédées par la réussite à tout prix : le culte de la performance. À la rentrée, il faudrait comme payer une taxe sur le bon temps qu’on aurait pris (en tous cas on vous le souhaite) pendant l’été. Il faudrait se remettre au taf, et vite, et bien.
Pourtant, la pression suscitée par ce culte de la performance et cette quête de la réussite est dévastatrice pour la santé mentale des personnes - que ce soient de jeunes collégien·nes, lycéen·nes ou employé·es de tout âge. Le Docteur en psychiatrie polonais Zechowski a d’ailleurs accordé un article entier de presse universitaire sur le sujet dont vous pourrez retrouver la traduction par ici.
Bref, si on commence par vous dire tout ça, c’est pour vous rappeler que de la pression, on en a en-veux-tu-en-voilà. Et qu’un petit gentle reminder de type manifeste-au-droit-de-ne-rien-foutre ne saurait donc pas faire de mal pour équilibrer la balance.
Le grand vertige
On parle souvent du vertige comme la peur du vide lorsque l’on se tient en hauteur : mais qu’en est-il du vertige qui nous prend précisément parce que nous avons peur du vide ? Si on vous parle de ça, c’est parce qu’il y a bien un obstacle qui se dresse sur la route du rien-faire : la peur de l’inactivité. La peur du vide. L’angoisse du « bordel il ne se passe rien il faut que je fasse un truc à tout prix je m’ennuie blablabla ».
Vous l’aurez donc compris : même si on aurait toustes tendance à dire qu’on aimerait bien pouvoir se caler en mode tacos dans notre couette pour s’envoyer 167 épisodes de 36 séries random sur Netflix… Nous ne sommes pas pour autant très doué·es pour réussir à ne rien branler. D’ailleurs, may we remind you que regarder une série (ou se branler, héhé), n’est pas exactement ce que l’on peut appeler ne rien faire.
Mais passons : c’est de la détente, alors, ça se gère.
Petit éloge de la paresse
Dites-nous : ne ressentiriez-vous pas un léger sentiment de culpabilité chaque fois que vous prononcez la fameuse phrase « j’ai la flemme » ? Oui ? Alors here comes le moment le plus exaltant de cet article : celui où on vous balance du name dropping d’un type illustre et panthéonisé pour vous faire déculpabiliser bien comme il faut.
En 1797, Karl Wilhem Friedrich Schlegel écrivait ces quelques mots très inspirés : « La paresse est l’unique fragment divin d’une existence semblable à celle de Dieu que l’homme garde du paradis. »
Bon. Que vous soyez croyant·e ou pas, vous avez capté le propos : ne rien foutre, c’est quand même sacrément délicieux. Et même, selon cet illustre monsieur, absolument recommandable. Allez, notez-nous ça sur un post-it et répétez-le à votre boss la prochaine fois qu’iel vous demandera de faire un truc (euh…en fait, non).
Pourquoi ne rien foutre est révolutionnaire
Mais tant qu’on y est à parler de taff, revenons-en à nos considérations du premier point : si la paresse a si mauvaise presse, c’est parce que pendant longtemps, elle a été considérée comme cousine-mère de tous les maux de l’oisiveté (« La paresse menace l’ordre établi » écrivait ce réac de Jean Delumeau, pour vous illustrer le propos).
Alors, ne nous méprenons pas. Il peut être très agréable de bosser (surtout quand on aime son travail), ou de s’adonner à des activités type passions ou quoi (qu’elles soient rémunérées ou pas).
Ce que l’on veut dire ici, ce n’est pas que tout le monde ne devrait rien foutre et se balader à poil avec une feuille de vigne pour unique apparat, non : c’est plutôt que les moments où nous nous autorisons à ne rien faire, nous permettent de prendre soin de nous. De développer notre pensée.
La parfaite illustration de cette idée ? Suffit de regarder le regain d’énergie que l’on peut trouver quand on revient de congés et que l’on a pu se reposer bien comme il faut. Les idées fusent, les nouvelles envies se déclarent, on change des habitudes qui ne nous convenaient plus… Bref : on peut se sentir inspiré·es.
Et un dernier petit exemple-argument pour la route : have you heard about le burn-out (aka en faire trop au point de ne plus pouvoir rien foutre du tout) ? CQFD.
Petit guide du rien faire à la rentrée
Bon. Maintenant qu’on vous a bien accroché·es avec ce titre, tâchons de répondre à la question : pourquoi auriez-vous le droit de ne rien faire à la rentrée ?
Alors disons qu’il y a plusieurs choses : la première serait de vous dire que vous faites partie des petit·es malin·es qui ont attendu le mois de septembre pour poser leurs congés OKLM (auquel cas, have fun, on attend les cartes postales). La seconde, qui est la plus probable, serait tout simplement d’apprendre à réinventer le concept de la « rentrée ».
Si vous avez pris des congés, il peut être utile de vous rappeler que vous n’avez pas à passer en mode “démarrage forcé”. Car si vous vous êtes octroyé du temps de détente et de décompression, c’est parfaitement normal que vous ayez besoin de temps pour reprendre votre rythme.
Donc, non : ce n’est pas parce que vous revenez de vacances que vous devez en faire deux fois plus en rentrant. Ce n’est pas parce que c’est la rentrée scolaire que vous devez déjà être au top de votre forme intellectuelle. Et ce n’est pas parce que vous avez du pain sur la planche que vous devez vous priver de moment de rêveries, de rien-foutre, de lecture, de je-regarde-le-plafond-en-attendant-que-ça-passe.
Vous avez le droit de ne rien faire. Et en vrai, vu les injonctions sociétales avec lesquelles nous devons évoluer, ça tient presque de l’exploit d’y arriver. Alors bravo.
I. Maalèj







