Mecca Woods pour Bustle, Annabel Gat pour Broadly, Madame Clairvoyant de The Cut, Jerico Mandybur pour Self Service, le podcast du site Girlboss. Ce sont les nouvelles stars de l’astrologie, capables de lire dans les astres comme dans un livre ouvert. Oui, un peu comme Elisabeth Teissier, mais en plus 2018, quand on voit combien ces astrologues 2.0 viennent dépoussiérer une pratique qui date de l’Antiquité (au moins). Capables de redonner aux millenials le goût des horoscopes enfin débarrassés du triptyque « cœur/travail/forme » et de leurs conseils mélodramatiques.

 

Résultat, les applis se multiplient : Suzan Miller, la seule et l’unique a maintenant la sienne, déclinaison de son site Astrologyzone et l’appli Co-star, lancé en 2017 par d’anciens modeux, utilise les données de la Nasa pour vous livrer un thème astral ultra personnalisé. On vous explique pourquoi toute une génération a la tête dans les étoiles.


Parce que la mode

« Le Gémeaux est le troisième signe du Zodiaque. Ils sont très sociables, bon communiquants et toujours prêts à faire la fête. Les gens nés sous le signe du Gémeaux sont connus pour avoir beaucoup de talent. » Si il y a des Gémeaux dans l’assistance, on ne saurait que trop leur conseiller de se balader avec cette inscription, imprimée sur les T-shirt de la marque Vetements (LOL), qui, début 2018, a lancé une collection dédiée aux signes. Depuis, la tendance n’a cessé d’enfler et la mode de puiser son inspiration dans le mysticisme.

 

Cette année, c’est le monde de la beauté qui a tout donné sur le sujet, avec des pinceaux à maquillage inspirés des signes astraux chez Spectrum Collection ou une gamme de 12 rouges à lèvres correspondant aux 12 signes astro, dévoilés chaque mois, chez Bite Beauty. Le dernier sorti est un orange rouge épicé, rendant hommage aux Scorpions « le signe le plus sexy, intense et séducteur ». Chez Fresh, on a demandé à la célèbre Susan Miller de travailler sur une collection de savons customisés. Et si porter l’odeur du Bélier sur vous ne vous suffit pas, vous pouvez aussi l’afficher autour de votre cou avec ces médailles/signes en plaqué or de chez Alighieri.


Parce que le développement personnel

 

Alors qu’on parle de « post election stress disorder », aux Etats-Unis, que toutes les études s’accordent pour dire que les millenials sont deux fois plus stressés que leurs parents, les plus à même de faire un burn-out, qu’un quart d’entre eux se disent stressés au travail (#ambiance), l’astrologie comme spiritualité, apparaît comme un moyen d’éclairer un futur un poil opaque (le rapport du GIEC, anyone ?). « Les gens se tournent vers le mysticisme, la spiritualité et les sciences occultes en des temps incertains, explique au Guardian Zing Tsjeng, en charge du média Broadly en Angleterre. Les jeunes, en particulier, vivent une époque incertaine et veulent questionner l'ordre établi, chercher des réponses ailleurs. »

 

Ailleurs, c’est aussi dans le self-care, ce mot du jargon anglophone qui désigne un mode de vie axé autour du bien-être, de l’hygiène, du temps accordé à prendre soin de soi. Résultat, progressivement, les activités de développement personnel et de bien-être ont fait entrer les astres dans leur pratique. Dans son nouveau centre du Marais, à Paris, le Tigre Yoga propose un cours d’astro-yoga, où la séance est orientée selon l’alignement des étoiles. Même parti pris chez Mirz Yoga, qui propose chaque mois des horoscopes lunaires. Namaste.


Parce que les mèmes

Si l’astrologie a pris aussi vite avec les millenials, c’est surement grâce à sa solubilité en ligne et dans la culture mème, ce mode d’expression privilégié du 3ème millénaire. Avec la même viralité qu’un sad Keanu Reeves, la retragradation de Mercure est devenue l’une des meilleurs vannes de la Twittosphère. La prestation flawless de Beyoncé à Coachella ? La fin de Mercure en rétrograde. Le mouvement de la planète rouge, qui foutrait tout en l’air en passant la marche arrière à même son hashtag : #MercuryRetrograde.

 

Du coup, les comptes parodiques se sont multipliés, comme le Tumblr The Signs As, le compte Insta @Memethezodiac, ou Astro Poets qui avec ses près de 400 000 followers sont devenus les astrologues favoris de Twitter, en mettant en scène les défauts de chaque signe (comme ce fameux : « Never forget that you can change everything at any time & that Britney Spears (Sagittarius) was married for 55 hours in Las Vegas in 2004. »). Et on ne saurait que trop vous recommander de suivre le compte de Chani Nicholas, qui alterne mèmes hilarants et prédictions sur le cycle lunaire. Un compte qui vous rendra vite aussi proscratinateur que si vous étiez Taureau.


Parce que l'inclusivité

 

Des horoscopes qui s’ouvrent par une rubrique « cœur » et qui vous serinent sur la manière dont vous, Capricorne, devez faire plus d’effort pour l’être aimé ? Les stéréotypes sexistes des horoscopes des magazines féminins ? Les hommes qui viennent de Mars et les femmes de Vénus (aka, la pire construction sociale de l’histoire de l’humanité) ? Finito.

 

Les nouvelles manifestations des astres se veulent plus inclusives, féministes, intersectionnelles. Des horoscopes dégenrés, une nouvelle lecture de l’influence des planètes (à Jupiter et Mars les énergies masculines, à la Lune et Vénus les influences féminines), des interprétations cosmiques moins binaires… « Il est logique que nous recherchions une langue culturelle distincte du grand public, qui s’intéresse et donne du pouvoir aux femmes », confie Jan, une femme bisexuelle à Them, magazine online LGBTQ.

 

Alors que la Queer Astrology Conference se tient tous les ans depuis 2013 (où l’on aborde des sujets comme le retour de Saturne du VIH) Mashable, fait remonter le lien très étroit entre pensée queer et astrologie à Ptolémée (carrément) qui examinait les planètes pour prédire les comportements humains et particulièrement les comportements sexuels.

 

19 siècles plus tard, Chani Nicholas (encore elle), devient l’une des astrologues queer les plus suivies d’Insta. « Les personnes queer, trans, genderfluid ainsi que beaucoup de communautés marginalisées ont toujours été, selon moi, sensibles aux traditions de sagesses, aux pratiques artistiques, aux mythologies qui explorent les valeurs de vie au delà des conditions normatives auxquelles nous somme soumis », explique-t-elle sur Mashable. Qui aurait cru que l’empowerment des minorités pourrait venir des étoiles ?