Quand on sera grandes, on sera Fatoumata Kébé
Un peu plus près d’une étoile
A 8 ans, le nez dans une encyclopédie ramenée par son père, Fatoumata tire des plans sur la comète : un jour, elle ira sur la Lune. Aujourd’hui, à 34 ans, la petite fille issue d’une zone d’éducation prioritaire en Seine-Saint-Denis est docteure en astronomie, autrice, à la tête de deux startups et bientôt pilote.
Parcours d’une étoile filante
Pour en arriver là, Fatoumata Kébé a passé un Bac S et vite appris à n’écouter que ses rêves. Certainement pas son prof de maths, qui lui assène que c’est déjà bien qu’elle en soit arrivée là, ni sa mère qui, des larmes de fierté au bord des yeux, lui dit qu’elle peut enfin déposer son CV chez Carrefour.
Fatoumata enchaîne rapidement avec une licence en ingénierie mécanique, un master en mécanique des fluides, puis un doctorat en astronomie, se spécialise au Japon et décroche des stages à la NASA. Le tout, en multipliant les petits boulots (dans la restauration à Disneyland, au McDo, en tant que caissière en supermarché ou gilet rouge dans les gares).
Aujourd’hui, elle est spécialisée dans l’étude des débris spatiaux aka les déchets que l’être humain sème dans sa conquête de l’espace (vieux satellites, morceaux de fusées, vis, écailles de peinture…) au sein de l’Observatoire de Paris.
La bonne étoile des autres
Revenir à Paris après San Francisco et la NASA était un choix engagé, pour ouvrir la voie à d’autres femmes noires dans un pays où on subit encore le racisme de plein fouet. Quand Fatoumata entre dans un amphithéâtre, quelqu’un s’exclame : “Depuis quand on accueille toute la misère du monde ?”. Quand elle déjeune avec les gardiens de l’Observatoire, ses collègues grommellent “Elle mange avec eux parce que ça lui rappelle ses origines sociales”. Sa réponse ? Une présence constante dans les médias, objectif : visibiliser les invisibles.
Encore mieux : en 2014, elle monte l’association Éphémérides pour enseigner l’astronomie aux enfants et ados des quartiers défavorisés, d’Île-de-France au Mali. Elle déteste l’adage “Quand on veut, on peut”, c’est culpabilisant. Si au lycée Henri-IV ou Louis-Legrand on pousse les élèves à faire des concours ou des projets en partenariat avec l’agence spatiale française, dans le 93 personne n’en entend parler. Son but avec cette asso n’est pas de créer une armée d’astronomes, mais de permettre à ces enfants de lever les yeux vers des rêves plus grands.
Les pieds sur Terre et la tête dans les nuages
Originaire du Mali, Fatoumata s’est aussi servi de ses connaissances en mécanique pour y dédier la création d’une startup à l’agriculture locale. Avec Connected Eco, elle développe un système d’irrigation grâce à l’étude des sols en temps réel et à l’énergie solaire. Les racines sont suffisamment hydratées ? Le système auto coupe l’irrigation et économise ainsi l’eau.
Une dévotion à l’écologie qui l’a aussi amenée à rejoindre un programme de la NASA pour étudier les nuages noctulescents, ces nuages bleus-argentés qui se forment à une altitude ou la vapeur d’eau ne devrait plus exister. Réchauffement climatique ? Ou dû à la multiplication des lancements de fusées ? Nouvelle quête de vérité pour cette tête chercheuse.
Pour trouver les réponses, elle vise toujours l’espace, et la Lune. Cette année, elle compte bien obtenir son brevet de pilote pour bétonner son dossier. Quand les recrutements pour de nouveaux·lles astronautes s’ouvriront, croyez bien qu’elle sera la première à prouver sa motivation. La première femme à poser un pied sur la Lune sera noire, française, et elle s’appellera Fatoumata Kébé.
À lire : La lune est un roman, Histoire, mythes et légendes par Fatoumata Kébé







