La réduction des risques en milieux festifs
Faire la teuf en sécurité
Avec l’arrivée de l’été, on a de plus en plus envie de sortir mais dans cette période bien anxiogène, on a voulu en savoir plus sur les acteur·ice·s des soirées dont nous ignorons souvent le travail mais qui rendent nos lieux de fête plus accueillants, accessibles et surtout sûrs. Nous avons rencontré Hadrien et Emily, bénévoles à l’Amicale RDR, association mobilisée dans la réduction des risques pour qu’iels nous en parlent un peu plus.
C’est quoi la RDR ?
Avec leur petit stand jaune fluo et leur centaine de flyers, on ne peut pas dire que l’Amicale RDR passe inaperçue dans les différentes soirées où elle est présente. Pour beaucoup, elle est identifiée et identifiable : c’est le stand de réduction des risques. Pour certain·es c’est le stand de « prévention » voire même le « stand anti-drogues » pour une minorité. Les bénévoles insistent : l’Amicale RDR ne fait que de la réduction des risques et le distingo avec la prévention est à souligner.
Pour elleux, la prévention implique d’autres points de départ et d’autres moyens. Les associations de réduction des risques (RDR). À priori, tous les publics rencontrés connaissent déjà les interdictions liées à leur usage de drogues illicites. À partir de ce moment-là, iels en sont conscient·es et de ce fait, il n’est pas pertinent de leur répéter une énième fois mais plutôt de chercher à les informer le plus possible.
Hadrien nous explique « T’as décidé de faire un truc qui implique un certain nombre de risques pour toi mais aussi pour les autres et nous, notre propos, ça va être de te sensibiliser à ça ». L’association a pour but de rendre toustes les personnes participant à la fête plus responsables. D’elleux-même mais aussi de leurs potes et des inconnu·es qui dansent autour. Il précise également que, communément, le terme de prévention fait aussi référence au sentiment de pouvoir contrôler la consommation de produits illicites. Or, il semble hypocrite de partir du principe que, comme c’est interdit, ça n’existe pas. Au contraire, cette consommation existe et elle inquiète car elle peut être dangereuse. La réduction des risques implique qu’on peut réduire ces risques mais on ne pourra jamais complètement les faire disparaître. Pour Emily, c’est facilement résumable en une phrase d’accroche « c’est pas nous qui faisons la réduction des risques, c’est les consommateur.ices ».
Le mode d’emploi
Créée en 2018 par les membres du SOCLE (syndicat des organisateur·ices culturel·les libres et engagé·es) l’Amicale RDR tourne aujourd’hui avec une trentaine de bénévoles et volontaires en Île-de-France sans financement public. Toujours à minimum deux par soirée, iels font des permanences de minuit à 6h. Durant ces créneaux iels mettent du matériel divers à disposition et plusieurs types de prospectus qui leur permettent d’entamer la conversation avec les différents publics
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L’Amicale RDR se veut une association inclusive et ouverte à toustes. Après avoir rejoint l’association, vous avez le droit à une double formation, à la fois théorique et pratique. Ainsi que ce soit dans les thématiques « conso » ou « sexo », vous pouvez participer à des week-ends d’échanges de bonnes pratiques, à des réunions de débriefs et à plusieurs permanences avant de pouvoir travailler en autonomie. L’association intervient à la demande des organisateur.ices d'événements ou des équipes des lieux.
Dernièrement, de plus en plus de collectifs et même de lieux accueillant des soirées, font appel à leurs services. En plus du travail avec les consommateur·ices, une partie de leur engagement est également tournée vers les organisateur·ice·s de soirées. En effet, la réduction des risques passe aussi par la gestion du lieu et des personnes en situation de vulnérabilité. Ainsi, iels dénoncent de nombreux non-sens. Par exemple, beaucoup de lieux mettent en place une sécurité répressive et parfois dangereuse et l’association tente justement d’accompagner ces lieux dans une réflexion plus poussée. Ainsi quand on soupçonne une personne d’avoir pris des produits illicites, il semble plus logique de prendre soin de la personne à l’écart de la foule plutôt que de l’exclure seul·e à l’extérieur du lieu et de la mettre en situation de vulnérabilité.
De même pour le matériel qui est mis à disposition par l’association. Entre les bouchons d’oreille, les préservatifs, le lubrifiant ou le sérum phy on trouve parfois des pipettes (utilisées notamment pour des produits comme le GHB ou le GBL). Certains collectifs préfèrent demander à l’association de cacher ces outils. Une décision regrettable quand on sait que les drogues à dose voient leur dangerosité se décupler quand elles sont mal dosées. Ce n’est pas en proposant des pipettes qu’on encourage sa consommation, on favorise les bonnes conditions d’usage d’un produit qui existe bel et bien et qu’on ne peut ignorer. L’association tend à privilégier les relations avec des établissements qui ont à cœur d'accueillir convenablement et de prendre soin de leurs publics.
Comment devenir plus sûr·e pour son entourage.
On a profité de cet échange pour leur demander des conseils. Comment faire pour aider un·e pote ou inconnu·e en situation de vulnérabilité après consommation de produits ou formes de violence ? Voici les premiers pas à faire :
✹ Ne pas laisser la personne seule, que ce soit un·e proche ou non, assurez-vous qu’il y ait toujours une personne présente pour voir ce qui se passe et pouvoir parler avec la personne.
✹ Envoyer quelqu’un chercher de l’aide. Au bar, au stand de réduction des risques ou tout simplement la sécurité, ces personnes auront les clés pour vous aider et prendre soin de la personne. N’ayez jamais peur de demander de l’aide, elle peut être essentielle.
✹ Être à l’écoute de la personne, de ce qu’elle vous dit ressentir ou voir. Si elle semble inconsciente ou ne respire plus, au-delà des responsables ou personnes référentes de la soirée c’est les urgences qu’il faut alors expressément rencontrer.
✹ Enfin, parfois difficile, mais il faut rester calme et rassurant·e. Rappelez à cette personne que cet état est passager et qu'il ne dure pas éternellement. De même en situation post-traumatique de violence. L’état de choc ou de sidération de la personne fait que, parfois, la personne n’a pas assez de recul et ne perçoit pas les choses comme vous. Restez empathique et un soutien solide.
L’Amicale RDR est une des nombreuses associations sur le territoire français qui s’engage dans la réduction des risques. Elle fonctionne exclusivement sur le volontariat, alors si vous voulez en savoir plus ou devenir volontaire, c’est par ici que ça se passe.







