Parce que l’influence, c’est pas seulement des hauls Shein
Fast fashion victime
Propulsée par la prise de conscience écologique, les tribulations économiques et la question éthique, la seconde main est également mise en avant par de nouveaux·elles acteur·ice·s de sensibilisation : les influenceur·euses. Mais quelle est la portée de leur contenu ? Rendez-vous derrière (les deux côtés de) l'écran.
« Tu vois, le monde se divise en deux catégories, ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent », énonçait Clint Eastwood dans Le Bon, la Brute et le Truand. Si l’on quitte l’univers bourré de testostérone du western spaghetti pour celui du textile de seconde main, une vision binaire est encore possible. Il y a les influenceur·euses et les influencé·es. De chaque côté de l’écran, la mode vintage s’érige en vaillante combattante de l’ultra fast fashion. Batman vs Le Joker version mode éthique. Au diable Shein et autres machines infernales de la mode jetable. Une nouvelle génération d’influenceur·euses s’est développée pendant la période de pandémie mondiale ; les influenceur·euses de seconde main.
Le Covid-19 : un élément déclencheur
« Avant le Covid-19, il y en avait déjà, mais il y a vraiment eu une explosion après la période de pandémie. Notamment car les influenceur·euses qui n’étaient pas forcément sur ce créneau de la seconde main, et regardaient ça de loin, ont eu le temps de creuser la question, et ont eu envie de changer les choses », détaille Léa Marcq, spécialiste en communication responsable et ancienne journaliste de mode éthique. Un nouveau réseau sur la mode est donc né avec ces nouveaux·elles acteur·ices. Avec un contenu court, concis et accrocheur, la mayonnaise prend vite du côté des abonné·es.
De son côté, Sarah Sorgelle mise sur l’humour. Chaque jour, elle partage avec légèreté ses astuces pour chiner en friperie, ses trouvailles de seconde main et autres posts mode à ses 35.000 abonné·es Instagram. « Je cherche à sensibiliser avant tout et non à faire culpabiliser ! », nous explique la créatrice de contenu. Et le public en redemande. « Je reçois des questions pour savoir où est-ce que je chine (quelles friperies, ressourceries, Internet), quelles sont mes astuces pour trouver certaines pièces, et quels sont les mots-clés que je tape sur Vinted », nous précise également l’influenceuse Pauline Leroy.
© Inès Desnot - Sarah Sorgelle
Une affaire de meufs
Derrière ces messages, des jeunes avec l’envie furieuse d’en savoir plus. « La tranche d’âge la plus touchée par leur contenu est celle des 15-25 ans. Avec le retour de la mode Y2K, il y a notamment ce côté mélange des genres ; on s’amuse avec la mode, on fait de l’upcycling… Il y a donc quelque chose de beaucoup plus jeune dans le style qui en ressort », ajoute Léa Marcq. Dans cette jeune audience, une majorité de femmes. Si nous parlons plus d’influenceusEs et d’influencéEs, ce n’est pas pour rien.
On ne peut pas négliger le fait que le créneau de la mode de seconde main est très largement occupé par des femmes sur les réseaux sociaux. Cerise sur le gâteau, elles représentent la majorité des acheteur·euse·s en seconde main avec 82% des transactions en ligne selon l'Observatoire Natixis Payments. Et ce n’est pas tout. Si l’Homme n’a besoin de personne pour mettre la planète à feu et à sang, la charge écologique repose essentiellement sur les femmes, mode comprise. Préoccupées par notre manière de consommer le textile, nous écoutons les explications des influenceur·euses comme parole d’évangile, et ça paye.
« Merci pour toutes tes vidéos qui m’ont permis d’arrêter la fast fashion ! »
Sarah Sorgelle reçoit régulièrement des messages très équivoques sur la façon dont son contenu impacte ses abonné-e-s. Récemment dans ses DM : « Grâce à toi, cela va faire plus d’un an que je n’ai pas acheté en fast fashion et que tous mes vêtements viennent de friperies […]. Merci pour toutes tes vidéos qui m’ont permis d’arrêter la fast fashion ! ». Et l’influence peut aller plus loin encore. Nous avons rencontré Manon Heidet, jeune toulousaine de 27 ans. Si celle-ci consomme de la seconde main depuis toute petite, l’influenceuse Clara Victorya a eu un impact ultra concret sur sa vie. Genre vraiment.
Avec ses 134.000 followers sur Instagram, Clara Victorya est tout simplement l’influenceuse de seconde main française la plus influente. La Rihanna de la seconde main, sans le baby bump. Un succès l’ayant amenée à pouvoir ouvrir sa propre friperie. Une inspiration folle pour Manon Heidet, qui tente l’aventure à son tour telle Carmen Sandiego, cette fois sans le vieux fedora. « J’ai suivi davantage ses réseaux sociaux au moment où elle a lancé des vidéos YouTube sur la création de sa friperie. Et à force de suivre les travaux, j’avais l’impression que c’était fluide, ça me paraissait simple, et du coup je me suis lancée ! ».
© Inès Desnot
L’œuf ou la poule
Aujourd’hui à la tête de la friperie BERHT, Manon Heidet a renversé le sens du jeu. Bien consciente de l’importance d’une bonne communication dans la réussite d’un commerce, elle a créé un Insta à sa boutique. Et elle ne prend pas les choses à la légère. Non seulement l’entrepreneuse a engagé une community manager, mais à chaque nouvelle saison, elle organise des shootings photo pour proposer un contenu le plus qualitatif possible. Elle est tout simplement passée d’influencée à influenceuse. Micro-influenceuse certes, mais elle cumule tout de même plus de 1.500 abonné·es. Rome ne s’est pas faite en un jour, même si tous les chemins y mènent.
© Inès Desnot
De leur côté, ses client·e·s posent devant l’objectif lors des sessions photos saisonnières. Je me suis moi-même prêtée au jeu, en mode Kate Moss dans les 90’s (ou pas). Non mécontent·e·s de se voir posté·e·s sur le compte de BERHT, les habitué·e·s partagent à leur tour les publications en story. Le cercle d’influence est donc infini. Chacun·e à notre échelle, nous influençons au même titre que nous sommes influencé·e·s. Une chose est sûre, vous n’avez pas fini d’entendre parler de seconde main.
Inès Desnot







