Dans un article récent, Tétons Marrons définit la grossophobie comme : “consistant à diaboliser les personnes grosses, à les évincer de tous les espaces, et à leur faire entendre, en faisant usage d’une fausse bienveillance qui se soucierait de leur santé, qu’elles doivent absolument maigrir si elles veulent être acceptées”.

On trépigne chaque jour de ne pas pouvoir profiter des terrasses des bars, des cinémas, des théâtres, des resto, de l’avion pour partir à l’étranger… C’est le moment parfait pour imaginer le quotidien en temps normal des personnes obèses. Car pour elles, même quand “tout va bien”, impossible de s’assoir en terrasse, les chaises sont trop étroites. Idem pour le cinéma ou le théâtre. Et comment supporter les regards judgmental au restaurant à la moindre bouchée ? Sans parler des personnes qui peuvent faire un scandale dans un avion si elles doivent s’assoir à côté d’une personne en surpoids, souvent contrainte d’acheter 2 places et de supporter l’inconfort des ceintures de sécurité et des accoudoirs en plein milieu…

 

Une petite voix dans votre tête vient de vous dire “Elle n’avait qu'à pas être grosse…” ? On est là pour vous aider.

 

 

Condamner la grossophobie n’est pas faire l’éloge de l’obésité

 

La grossophobie n’empêche pas l’obésité ou ne la diminue pas, bien au contraire. De nombreuses études et la plupart des témoignages de personnes grosses et obèses montrent que la grossophobie est en fait l’un des premiers facteurs d’obésité (et d’anorexie et de boulimie, oups).

Dans une interview pour l’émission Les Pieds sur Terre sur France Culture, Gabrielle Deydier, auteure de l’essai On ne naît pas grosse, explique que son obésité est née des remarques grossophobes constantes de ses parents, qui l’ont entre autres poussée à consulter un endocrinologue à 17 ans alors qu’elle faisait une taille 42, soit la moyenne nationale française.

 

A l’époque, c’est la grande mode de l’IMC et de ce calcul absurde : votre poids doit faire 10 unités de moins que votre taille. Gabrielle mesure 1,53 m, pour le médecin elle doit donc peser 43 kg. S’en suit un traitement lourd à base d'hormones (de testostérones notamment) qui dérègle complètement son système endocrinien et lui fait prendre 30 kg en un été. Dans ce témoignage, Gabrielle Deydier déclare sans détour : “Je pense que si je n’étais pas allée voir quelqu’un pour maigrir, je ne ferais pas 150 kg”.

 

 

La grossophobie est dangereuse pour la santé

 

Généralisée dans la société, la grossophobie est donc aussi présente dans le milieu médical. On le voit avec le traitement imposé à Gabrielle Deydier pour la faire rentrer dans des critères de beauté souvent plus dangereux qu’un léger surpoids. Mais on le voit aussi dans le matériel, absolument pas adapté comme les IRM ou les lits d’hôpitaux trop étroits ; ou pire encore, dans les erreurs de diagnostics à répétition du personnel soignant.

Quand iels voit une personne obèse entrer dans leur cabinet, beaucoup de médecins prennent le raccourci de penser que le problème de santé qui l'amène est forcément lié à son surpoids. On ne dit pas que l’obésité ne crée pas de problème de santé, mais qu’une personne obèse peut aussi ressentir une extrême fatigue à cause d’un cancer ou d’une dépression, et pas seulement à cause de l’effort physique supplémentaire que lui demandent ses kilos.

 

Dans une interview pour Respect, Gabrielle Deydier résume : “Être obèse, c’est aller chez le médecin pour une otite et en ressortir avec une ordonnance pour une chirurgie bariatrique”.

 

À force, on évite juste les médecins. On ne va plus chez le/la dentiste pour faire soigner une carie, qui sera forcément attribuée à un excès de sucre. On ne va pas faire examiner un grain de beauté suspect par peur des conseils non-sollicités pour bien laver sa peau entre les bourrelets. Claudia, présidente de l'association de soutien aux personnes grosses Allegro Fortissimo, n'a pas consulté de médecin pendant 20 ans à cause de ses mauvaises expériences à répétition.

C’est malheureusement tellement courant, que l’asso Gras Politique a été obligée de créer une liste de professionnel·les de la santé bienveillant·es et non grossophobes.

 

 

On ne peut pas deviner d’où viennent les kilos d’une personne

 

Il n’y a pas que le personnel soignant qui se permette de donner des conseils diététiques non-sollicités. Monsieur et Madame Tout-le-monde aussi, tous les jours. Sauf que les raisons de l’obésité ne sont pas “la feignantise”, “le manque de volonté” ou “le grignotage”, et qu’elle ne se résout pas avec des smoothies au chou kale et quelques cours de crossfit. Elle née souvent d’un contexte psychologique douloureux, potentiellement violent et tragique, dont on n’a strictement aucune idée.

 

Dans son livre Hunger, Roxanne Gay raconte qu’elle a commencé à prendre du poids pour s’enlaidir aux yeux des garçons à la suite d’un viol collectif, lorsqu’elle avait 12 ans. Vous imaginez ce qu’elle peut ressentir quand on lui dit qu’elle est trop grosse parce qu’elle mange trop de sucre ?

Avant de juger une personne sur son poids, apprenez à la connaître, à écouter ses expériences de vie, son humour, ses espoirs pour demain, tout ce qu’elle a à vous apprendre. Et rappelez-vous que ces kilos ne sont pas qu'une masse physique, mais cachent parfois aussi un poids dans le cœur (ou pas, mais encore une fois, vous ne pouvez pas le deviner).