Des nouvelles qui mettent le patriarcat en bouteille

 

« Elle était assez intelligente pour vouloir quelque chose de plus, mais suffisamment fatiguée pour accepter l’état des choses. » : voilà la citation oh combien éloquente que vous trouverez sur la page de garde du tout nouveau - tout génial livre de la queen Roxane Gay (bien connue pour son Bad Feminist). On y fait un plongeon tête la première dans les rapports de violence pernicieux et insidieux que le patriarcat invite à la table des relations hétérosexuelles.

 

Difficult women, ce sont des histoires de femmes qui en apparence se soumettent mais qui en coulisses ne se laissent pas faire. Des histoires de révoltes avortées. De colères immenses qui ne se disent pas mais qui s’étalent à chaque coin du livre. Une pépite qui tire le portrait au vitriol de la banalité de la violence du couple.

 

Difficult Women, un recueil de nouvelles de Roxane Gay, traduit par Olivia Tapiero, à découvrir aux éditions Mémoire d’Encrier, 23 €

Un roman qui bouleverse l’écriture de la maternité

 

Ce livre est clairement un Objet Littéraire non Identifié. Il ne ressemble à aucun autre - autant dans le récit qui y est fait de la maternité que dans la richesse de son écriture ; incisive et chelou.

 

Son titre, Chouette, est en fait le nom du personnage de la petite fille de Tiny, la narratrice. Et Chouette, comme Tiny, comme ce livre, n’est pas comme les autres : elle est ce que les autres appellent “différente”. Elle est neuroatypique.

 

Conte bouleversant et parfaitement unique en son genre sur la maternité, et ode à la beauté d’être soi et d’être libre, ce roman de l'autrice états-unienne Claire Oshetsky (elle-même mère d’une fille neuroa) est un énorme coup de cœur.

 

Chouette, un roman de Claire Oshetsky, traduit par Karine Lalechère, à découvrir aux éditions Phébus, 21€

Un livre unique pour dire, embrasser, et embraser sa colère

 

On a l’impression d’avoir attendu ce livre toute notre vie. Et non seulement il est extrêmement précieux et empouvoirant (OMG ce line-up d’autrices), mais il est aussi extrêmement beau et unique en son genre - entrelacement subtil de textes à la lisière du politique et de l’intime et de poèmes comme autant de brasiers, écrits par la géniale Kiyémis.

 

Sous la direction de Pauline Harmange, ce sont ainsi plusieurs regards et expériences croisées de la colère qui se rencontrent : une fiction sensible et enragée sur la vie d’une femme écrasée par la charge mentale de Lucile Bellan, un texte puissant de Fatima Ouassak sur les choix cornéliens que la colère nous impose, un écrit comme un manifeste où Douce Dibondo réfléchit à comment vivre avec la colère sans la laisser nous consumer… Pour finir par un merveilleux texte de Daria Marx, qui réinvente la colère en portail étrangement magique vers la possibilité de l’amour de soi et de ses adelphes. Ça sort le 12 octobre : RDV devant la porte de votre librairie préférée.

 

Fruits de la colère, embras(s)er nos débordements, un livre proposé sous la direction de Pauline Harmange, à paraître le 12/10 aux éditions Les Insolentes, 19,95 €

Un roman poétique pour oser l’amour et la sororité

 

Comment vous dire et vous raconter la claque tendre que ce livre nous a mise ?

 

C’est qu’on s’y perd et qu’on s’y retrouve dans les mots de Juliette Rousseau. On y croise des vieilles blessures mal refermées - celles qui se créent et se transmettent, de générations en générations de femmes abîmées par le patriarcat. Mais fières. Têtues. Puissantes, quoi.

Et si à aucun moment le mot “sorcière” n’est prononcé dans ce récit, c’est tout de même clairement celui qui nous est resté sur les lèvres en refermant ce livre.

 

Alors oui : on pourrait vous dire qu’il y est question d’une femme qui tente de faire le deuil de sa soeur. Ou vous parler de ces chapitres courts comme des morsures, entremêlés de poèmes de toute beauté. Mais dans le fond, la seule chose qu’on puisse vraiment vous dire, c’est que ce roman est une merveille, et que vous ne savez juste pas encore qu’il va devenir votre prochain livre de chevet.

 

La vie têtue, un roman de Juliette Rousseau à découvrir aux éditions Cambourakis, 15 €

Un essai précieux pour repenser les rivalités féminines

 

Askip, il n’y aurait “rien de pire que les femmes entre elles”. Rien de pire qu’une femme envers sa collègue qui a une promo plus rapidement qu’elle. Rien de pire qu’une meuf qui aurait peur de se faire tromper par son mec. Rien de pire qu’une belle-mère pour une belle-fille… Bon, vous voyez le topo : on pourrait continuer longtemps comme ça, à vous effeuiller ces clichés qu’on entend si souvent.

 

Avec Marie-Aldine Girard (et son super essai très accessible et documenté), on pose la question autrement : à qui profite le crime de la rivalité féminine ? Comment se construit cette culture de la rivalité ? Sans surprise, c’est encore (#ettoujours) le patriarcat qui nous fait trinquer - ayant tant à gagner au fait que les femmes s’opposent entre elles (coucou la logique du diviser pour mieux régner). Truffé de témoignages, de réflexions passionnantes et prenant pour fil rouge un appel à la sororité, cet essai précieux promet de vous donner du grain à moudre.

 

Rivales : il n’y a rien de pire que les femmes entre elles, un essai de Marie-Aldine Girard, à découvrir aux éditions Flammarion, 18 €

Un recueil de poèmes vibrants comme votre Womanizer

 

Il y a sa voix à “elle”, et sa voix à “lui” : les deux sont écrites par Baptiste Pizzinat, qui poétise autour de l’arrivée d’un Womanizer dans la vie et dans le lit d’un couple hétérosexuel.

 

C’est l’histoire de deux personnes qui s’aiment et qui aiment bien baiser ensemble. C’est des poèmes sur la révolution que l’on fait à redécouvrir son corps, son plaisir et ceux de l’autre, dans un monde qui se tisse et se réinvente sur la toile des nouveaux imaginaires féministes (pour qui veut bien les entendre).

 

Bref : on a adoré ce livre qui fait vibrer nos sexualités, nos élans d’auto-érotisme, nos désirs et nos culpabilités. On a été presque étonnées qu’un homme cis-het ait pu l’écrire. Preuve qu’il doit beaucoup écouter sa partenaire (et qu’on peut toujours mieux faire <3).

 

Womanizer, un recueil de poèmes de Baptiste Pizzinat, à découvrir aux éditions L’Iconopop, 13 €

Un roman sur un dérangeant procès post #Metoo

 

Il y a quelque chose dans ce livre qui dérange. Évidemment : son autrice y donne vie à un personnage qui, en plein #MeToo, reconnaît avoir accusé un homme de viol à tort. Quand on a vu le pitch, on a un peu flippé. Puis on a réalisé en dévorant ce roman qu’il posait d’autres questions bien plus grandes. Raison pour laquelle on vous le recommande.

 

Car si Lisa, la jeune fille que l’on rencontre dans ce livre, n’a pas vécu ce qu’elle a dénoncé, elle reste pour autant une victime. C’est l’histoire, banale mais horrible, d’une jeune meuf qui a été sexualisée très tôt par tout le monde. Qui s’est fait harceler et agresser sexuellement au collège. Et qui n’a pas osé le dire à ses parents ou à ses profs, parce qu’elle pensait, quelque part, qu’elle l’avait bien cherché. Parce qu’elle pensait que les adultes comprendraient mieux sa souffrance si elle accusait un vieil ouvrier… Que si elle expliquait que c’était celui qu’elle pensait être son “mec” qui était à l’origine des violences qu’elle n’arrivait pas à raconter. Parce qu’elle en avait marre d’être la salope de l’école.

 

Avec ce roman, Pascale Robert-Diard, journaliste judiciaire, nous embarque dans une histoire complexe qui se lit pourtant d’une traite.

 

La Petite Menteuse, un roman de Pascale Robert-Diard à découvrir aux éditions l’Iconoclaste, 20€

Un livre inattendu sur la vie sexuelle des plantes

 

Las·se de causer de sexualité hétéro ? D’orgasme ou pas orgasme ? De niquer ou paniquer ? Vous devriez trouver des vacances du cul entre humain·es en vous plongeant dans le très drôle - très passionnant - très bien documenté et très bien illustré livre de l’autrice belge Joanne Anton, Sexus Botanicus.

 

Où l’on découvre les noces d’un champignon et d’une algue, la révolution sexuelle de la fleur, ou encore la love story délirante entre une plante carnivore et ses fourmis.

 

Bon, maintenant que vous êtes chaud·es, on vous laisse vous plonger dans ces écrits follement inspirés et ces très belles aquarelles ?

 

Sexus Botanicus, un livre de Joanne Anton, à découvrir aux éditions Arthaud, 19,95 €