Jane sans Tarzan

 

Jane Birkin naît le 14 décembre 1946 à Londres (et oui c’est une Sagittaire ascendant Gémeaux, ça laissait présager plein de choses…). Elle est issue d’une famille de la haute bourgeoisie anglaise et a une enfance très privilégiée mais assez sage. Moquée pour son apparence androgyne et notamment son manque de poitrine, elle ne se considère pas comme une adolescente jolie. Un peu naïve mais très mal dans sa peau, cette période aura un impact considérable sur sa confiance en elle tout au long de sa vie.

 

Fille de Judy Campbell, actrice renommée dans son pays, elle commence, elle aussi, sa carrière d’actrice à l’âge de 18 ans avec notamment Charlotte Rampling dans « The Knack… and How to Get it » (1965). Mais c’est son deuxième film, réalisé par Michelangelo Antonioni, le fameux « Blow-Up » (1966) qui va la dévoiler à la terre entière. Le film remporte la Palme d’Or en 1967 et fait scandale avec une scène où on peut voir la jeune femme dénudée. Impossible à regarder pour cette Angleterre puritaine qui, pourtant, ne peut s’empêcher de remplir les salles, victime du bouche-à-oreille. C’est un des premiers scandales -malgré elle- des nombreux qui animeront la carrière de l’Anglaise.

© Instagram / janebirkinoff

 

Une muse pour des vieux mecs

 

Rapidement, elle tombe sous le charme de John Barry, un compositeur de cinéma jaloux et de 13 ans son aîné. Elle l’épouse et iels ont rapidement une fille, Kate, née en 1967. Déçue et mélancolique de ses débuts frustrants, elle part tenter sa chance en France. Parce que pourquoi pas ? C’est encore une fois le cinéma qui changera sa vie lorsqu’elle est choisie pour jouer le rôle féminin principal dans « Slogan » (1969) de Pierre Grimblat.

 

Le réalisateur organise une première rencontre entre Serge Gainsbourg et elle avant le tournage. Il joue le rôle masculin principal et c’est un euphémisme de dire que le courant ne passe pas du tout entre les deux. Il la trouve gauche et pour elle c’est un goujat. C’est pourtant leur histoire d’amour naissante à l’écran qui les mène vers une idylle réelle. Le couple iconique est né. Elle est belle, jeune, talentueuse et anxieuse. Il est laid, alcoolique et a un très mauvais caractère. Pas besoin de plus pour séduire les médias de l’époque et en faire un it couple. De cette union naît Charlotte Gainsbourg en 1971.

 

Installée rue de Verneuil, la famille recomposée a une vie bohème et s’expose énormément aux caméras. Il existe aujourd’hui sur Internet des centaines d’extraits de la famille complète dans l’intimité de leur salon, tout simplement parce que Serge Gainsbourg, très bon communicant, y trouvait son compte.

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Jane, définitivement et entièrement mère, n’abandonne pas pour autant sa carrière. Elle se lance dans la comédie, jouant notamment avec Pierre Richard dans « La moutarde me monte au nez » (1974) et se montrant au public comme plus que la simple compagne un peu exotique de Serge Gainsbourg mais comme une actrice franche au jeu comique habile. Parallèlement, muse ultime de son partenaire, elle chante aussi ses chansons. Il y a bien sûr la fameuse « Je t’aime… moi non plus » (1969) qui sera interdite des ondes italiennes, suédoises et espagnoles suite à l’avis offusqué du Vatican. Mais il y en a d’autres, comme celle de l’auto-dérision « Di doo dah » (1973) avec des punchlines trop méconnues.

 

Jane Birkin quitte finalement Gainsbourg en 1980 après plus de 10 années de frasques et d’image semi-contrôlée. Ce serait l’alcoolisme et la violence de son ex qui auront eu raison de sa relation. Fragile mais de plus en plus sûre d’elle-même, elle le quitte. pour Jacques Doillon, réalisateur. Une relation qui durera quasi aussi longtemps, jusqu’en 1992. Iels seront les parents de Lou Doillon, née en 1982 et qui viendra compléter la sororie Birkin. Avec Jacques Doillon, Jane découvre alors le cinéma d’auteur.

 

Le rôle-clé qui la propulsera dans ce nouvel univers et qu’elle défendra jusqu’au bout de sa vie est celui d’Alma dans « La Pirate » (1984). Elle y joue une femme perdue entre son mari et la femme qu’elle aime. Malgré la sortie polémique du film, elle s’y sentira mieux que jamais et découvrira progressivement dans cette nouvelle position, sa soif de justice. En 1985, elle fait ses premiers pas sur une scène de théâtre avec Patrice Chéreau qui la convainc de jouer dans « La fausse suivante » de Marivaux. Pour Birkin, c’est une révélation.

 

Elle prend confiance en elle, se rassure et décide pour la première fois de jouer ses chansons sur une scène. Malgré ses 20 ans de carrière dans la chanson, principalement sur des textes de Gainsbourg (qui n’a jamais cessé d’écrire pour elle), elle n’a jamais osé chanter en live devant son public. Elle entonne alors sur la scène du Bataclan en 1987 des chansons telles que « Le couteau dans le play » ou « Ex-fan des sixties ». Sans maquillage, habillée très sobrement, elle se dévoile de la manière la plus brute aux spectateur·ices.

 

 

Une artiste accomplie et inspirante

 

C’est donc à partir des années 1980, à l’aube de la quarantaine, que Birkin entame la partie la plus prolifique et assurée de sa carrière. Celle qui lui ressemble le plus. C’est aussi dans cette décennie, en 1984, qu’elle croise Jean-Louis Dumas (alors président d’Hermès) dans un avion et qu’elle lui confie vouloir un sac plus grand, avec des poches. Elle lui dessine un croquis vite fait bien fait et quelques mois plus tard, l’Histoire a lieu : le sac Birkin est né.

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Elle découvre, parallèlement à une carrière artistique prolifique, son intérêt pour les causes sociales et humanitaires. Parmi les différents combats portés par Jane Birkin, il y a évidemment l’avortement : à 25 ans elle participait déjà aux rassemblements pour le procès de Bobigny. Mais il y a aussi la défense des demandeur·euses d’asile comme lorsqu’en 2010 elle va jusqu’à manifester et chanter sous la fenêtre de l’ancien ministre de l’immigration, Eric Besson. Elle se battra aussi pour les droits de la communauté LGBTQIA+, notamment sur le mariage pour tous, elle sera une fervente défenseuse de la biodiversité (elle ne voudra plus donner son nom au sac Birkin s’il est fait en cuir de crocodile) et marcha contre la peine de mort. Bref, une star en fait.

 

En vieillissant, elle prendra de plus en plus position contre les carcans de beauté et une certaine forme de sexisme qui l’ont enfermée quand elle était plus jeune et l’ont fait remettre sa confiance en elle en question régulièrement. Elle prônera une image de plus en plus sincère et authentique qui contraste avec ses premières années de it girl en France. Et pourtant, il est toujours resté quelque chose d'intemporel dans le personnage de Birkin. Une élégance et une émotion qui ont traversé toutes les années et lui ont apporté la force d’avancer. Ainsi quand, en 2013, sa fille aînée Kate se défenestre de son appartement et décède sur le coup, Jane, le roc, supporte. Elle utilisera cette puissance et résilience en 2020 dans son dernier album sur le titre « Cigarettes », bouleversant.

 

Jane Birkin, éternelle, meurt le 16 juillet 2023 à l’âge de 76 ans des suites d’une très longue maladie. Ses obsèques ont lieu le 24 juillet dans le 1er arrondissement de Paris, là où avaient eu lieu les obsèques de sa fille. Elle est entourée, pour cet adieu, de ses ami·es célèbres et de ses proches. Sa fille, Lou Doillon, lui rendra hommage en citant un grand nombre d’anecdotes « (...) quand on te dit avec Charlotte que c’est peut-être pas raisonnable, en pleine chimio, d’aller au plus près de Fukushima (..) ». Un hommage bouleversant et sincère qui, plus que n’importe quelle biographie, fait honneur à cette femme qui aura marqué l’Histoire populaire et culturelle de France.

 

« Même si on déballe tout, on ne voit pas grand-chose » Jane B. par Agnès V. (1988)