Guilty pleasure : pourquoi on est accro aux docus sur les tueurs en série ?
Faites entrer l’accro aux serial killers
Au Trivial Pursuit, à chaque fois qu’on tombe sur une question sur Charles Manson, Ted Bundy ou encore Ed Kemper, on rafle tous les points. Normal, on a bingé tous les docus possibles sur les serial killers de France et de Navarre. Réaction de nos potes : « T’es accro en fait ? ». On plaide coupable… Parce qu’il y a bien une part de culpabilité : comment peut-on être autant fascinées par des crimes si atroces, la majeure partie du temps perpétrés contre des femmes, alors qu’on est les premières à marcher contre les féminicides ? Début de réponse.
Vous vous souvenez de l’été 2020, quand la France entière se ruait dans les kiosques pour mettre la main sur l'enquête du magazine Society sur Xavier Dupont de Ligonnès ? Les chiffres sont vite tombés : Society a écoulé 400 000 exemplaires des deux numéros et a annoncé une adaptation en série de l’enquête. Et ce n’est pas un hasard : les docus sur les affaires judiciaires et criminelles font partie des programmes les plus streamés d’Internet. Netflix l’a d’ailleurs bien compris : la plateforme agrandit son catalogue d’ un nouveau contenu de ce genre par mois environ.
En 2018, la série Making a Murderer faisait partie des 3 séries les plus regardées sur la plateforme. Au cours de l’année passée, 8 séries du même genre ont été top 1 sur la plateforme pendant au moins deux semaines. Ok, donc on n’est pas seules, c’est déjà ça. Mais qu’est-ce que ça dit de l’humanité..?
Tueurs oui, mais célébres
Ça peut sembler antinomique, mais notre fascination pour les tueurs en série prend racine dans la même fascination qu’on a pour les stars. La célébrité (on ne parle pas du succès) ne vient pas du talent (c’quoi le talent de la famille Kardashian déjà ?) mais de la présence d’une personne dans les médias. Plus sa présence est grande, plus on va s’intéresser à sa vie, demander à en savoir plus, et donc continuer d’accroître sa présence médiatique puisque les médias vont répondre à cette nouvelle demande, etc, etc.
Vous voyez où on veut en venir : les tueurs en série, en commettant des faits divers x10, font toujours la Une des journaux (et même du LIFE pour Charles Manson). Puisque qu’ils font la Une, on veut en savoir plus sur eux, quelle vie ils ont eu pour commettre des crimes aussi atroces, qui étaient leurs proches, où ils vivaient, ce qu’il s’est passé exactement, etc. Notre curiosité est alimentée par la célébrité de ces criminels, créée initialement par les médias.
Le film d’horreur IRL
Quand on y pense, les documentaires sur les tueurs en série sont un autre genre de films d’horreur #histoirevraie. On est beaucoup à aimer se faire peur, à chercher l’adrénaline. En matant des enquêtes avec leur lot de détails sordides, de destins tragiques, de moments d’espoir pour les victimes puis d’effroi, de déclarations souvent glaçantes des criminels, la peur et l’adrénaline sont clairement au rendez-vous…
Mais contrairement aux films d’horreur, les docus sur les tueurs en série nous promettent une résolution à la fin : on sait qui a tué qui, si le criminel a été arrêté ou est mort. En gros : il ne pourra pas venir nous chercher le soir dans notre lit. On se fait flipper, mais on se sent à nouveau en sécurité à la fin. Sauf s’il n’a pas été retrouvé ou qu’il va bientôt sortir de taule… #GuyGeorges.
Le mythe du very bad boy
Quant à notre féminisme en mal de logique cognitive, pour le coup il faut aller creuser du côté de l’image du bad boy. Depuis toute petite, l’air de rien, on nous apprend à percevoir la violence physique et psychologique comme une preuve de virilité et d’amour, aka ce qu’on est censées désirer. « Il est jaloux parce qu’il m’aime, il couche avec moi et ne me répond plus parce qu’il a peur des sentiments, il me fait l’amour (trop ?) fort parce qu’il m’aime passionnément, il me force parce qu’il ne peut pas s’en empêcher tellement qu’il a envie de moi, il me tue parce qu’il ne peut pas me perdre ».
Tout ça est bien sûr faux, absurde et intolérable. Mais qu’est-ce qu’un serial killer si ce n’est l’apogé du bad boy du coup ? D’autant plus que les médias les encensent souvent en vantant leur intelligence et en les dépeignant comme des génies du mal. Pas étonnant quand on fait passer la violence pour de la passion que des centaines de femmes demandent des tueurs en série en mariage une fois qu’ils sont en prison…
Conclusion : non, vous n'êtes pas bizarres, évitez quand même la demande en mariage, et si vous nous cherchez, on sera devant la nouvelle saison de Tiger King.







