De Loana à Britney : 5 trucs à binger sur la santé mentale et la pop-culture
Mysoginie, psychiatrie et paparazzi
Hier devant un tribunal, Britney Spears a officiellement demandé la fin de sa mise sous tutelle, et pris la parole sur les conditions abusives de celle-ci, dénoncées par ses fans depuis des années à coup de rassemblements et de #FreeBritney. Stérilet posé contre sa volonté avec interdiction de le retirer, mise sous lithium de force (aka un médoc très puissant qui lui donnait l'impression permanente d'être "ivre"), obligée de performer sa tournée Piece of Me sous peine de poursuite de la part de son manager... "J'ai dit au monde entier que j'étais heureuse et ok. Je suis traumatisée, je ne suis pas heureuse, je ne dors plus". Son témoignage est édifiant, bouleversant, révoltant (vraiment).
Entre descentes aux enfers assaisonnées de harcèlement médiatique et visibilisation des enjeux de santé mentale, la pop-culture et ses figures emblématiques comme Britney mais aussi Paris Hilton, Whitney Houston ou encore Loana en disent long sur les paradoxes, clichés et problématiques qui entourent les corps et vies des femmes dans un monde patriarcal. Alors aujourd’hui, ciao les paparazzis et leur mainmise sur ces histoires détournées en scoops juteux et bien dégueux : il est temps de rendre la parole à celles qui les ont vécues. Ci-joint des docus, des biopics, des enquêtes et des livres de talent qui racontent et questionnent les liens entre la pop-culture, le sexisme et la santé mentale. Parfois déchirant (comment vous dire ?), mais aussi définitivement nécessaire et passionnant.
Redécouvrir Britney avec le docu Framing Britney Spears
On ne parle que de ça depuis le début de l’année : ce documentaire événement réalisé par la team du New York Times, Framing Britney Spears. Une enquête journalistique fouillée qui permet ENFIN de rétablir une partie de la vérité sur la carrière de Britney et les mécanismes qui l’ont menée à la dépression et au burn-out.
Où l’on comprend que le traitement médiatique réservé aux jeunes femmes dans le monde de la musique ou du cinéma est pétri de misogynie, de grossophobie, de violences, de jugements toujours plus sexistes sur leur manière d’être mères, d’être femmes, de vivre leur sexualité. Où l’on est dégoûté du comportement de Timberlake, qui a tout fait pour couler Britney pour un peu de couverture médiatique. Où l’on se prend à détester définitivement son père, James Spears, qui, aujourd’hui encore contrôle sa vie, son argent, et sa carrière.
Un documentaire poignant, brise-coeur et plus que nécessaire qui nous a filé le seum et l’envie de crier plus fort encore #FreeBritney.
Framing Britney Spears, un documentaire de Samantha Stark, à découvrir d’urgence sur Prime Video.
Rendre à Whitney sa vie et son talent avec Can I Be Me
Une industrie musicale qui veut bien “une artiste noire mais pas trop”, un père qui exploite sa carrière pour son compte (poke Britney), une mère qui lui remet sur le dos toutes ses frustrations d’aspirante-chanteuse, un mari violent et toxique qui l’entraîne dans une spirale de l’addiction fatale… Dans Can I Be Me, le magnifique documentaire consacré à la vie et à la carrière de Whitney Houston, on prend conscience des mécanismes racistes, sexistes et même lesbophobes qui ont été à l'œuvre dans la carrière et descente aux enfers de cette grande artiste.
Ou comment remonter dans les années 80-90 pour comprendre les débuts de la fabrique des pop-stars par l'industrie musicale - aka cette machine à broyer des jeunes femmes talentueuses, plus encore quand elles sont noires et pauvres. D’où le titre du docu “Can I Be Me ?” (“Est-ce que j’ai le droit d’être moi ?”) - une question que Whitney posait tout le temps, et qu’auraient d’ailleurs pu poser toutes les autres femmes dont nous parlons dans cet article. On vous dit tout ça en mode drama, mais ce documentaire est magnifique et passionnant. Foncez, vraiment.
Whitney - Can I Be Me, un documentaire de Nick Broomfield et Rudi Dolezal, en location sur Youtube ou en streaming sur ShowTime.
Faire tomber les clichés sexistes avec The Real Story of Paris Hilton
Être prisonnière de son image. Devenir une marque à part entière. Se sentir piégée dans une image objétisante et sexiste. Reprendre (plus ou moins) le contrôle en travaillant ce personnage de bimbo pour tenter de détourner la violence du discours médiatique. Bref : qui connaît vraiment Paris Hilton ? Pas nous en tous cas, et c’est exactement ce dont on s’est rendues compte en bingeant le très bon documentaire This is Paris.
Est-il encore possible d’être soi, de vivre sa vie librement quand vos parents ont décidé que vous seriez une star ? Quand tout le monde semble vous dire que votre corps est la seule chose qui compte ? Quand la seule manière de transformer vos traumas et vos désirs est de surjouer un personnage médiatisé que tout le monde adore détester ? Quand à la sortie de votre adolescence votre premier petit-ami à qui vous faisiez confiance divulgue une vidéo pornographique pour vous pourrir la vie ? Autant de questions auxquelles Paris Hilton répond dans ce documentaire touchant et poignant qui lui permet de reprendre le contrôle sur son image et son histoire.
The Real Story of Paris Hilton - This is Paris, un documentaire d’Alexandra Dean, à découvrir gratuitement sur Youtube.
Redécouvrir Loana avec Sexisme Story
Tout le monde se souvient de ce coït hyper-médiatisé entre Loana et Jean-Édouard, deux candidats de la première téléréalité frenchie, Loft Story. Rapidement, et après être sortie grande gagnante de ce jeu télévisé (ahem), Loana devient la “bimbo” la plus célèbre de France. On commente son corps, on l’objétise, on la tourne en ridicule, et bien sûr, on ne lui donne jamais la parole. Prisonnière d’une image qu’elle n’a pas vraiment choisie (un peu comme Paris Hilton), et qui lui vaut une descente aux enfers médiatique et psychiatrique (un peu comme Britney Spears), Loana devient progressivement la cible de commentaires sexistes supplément grossophobie et psychophobie.
Dans cet essai génial, Paul Sanfourche repart de son expérience de mec cis-hétéro pour décrire la manière dont il a découvert Loana, et questionner le mépris, le rejet, la haine et le bashing dont elle est toujours victime aujourd’hui dans la presse people et l’opinion publique. Pour l’occasion, il s’est longuement entretenu avec elle, mais aussi avec ses proches, des psychologues, des médecins, des producteurs - tout en s’appuyant sur des études féministes. Le résultat ? Une étude passionnante et hyper-accessible qui perce à jour les ressorts patriarcaux de la téléréalité et de la célébrité. Et comment vous dire que ça fait un bien fou de lire la vie et le parcours de Loana Petrucciani autrement ? Merci, vraiment.
Sexisme Story - Loana Petrucciani, un essai de Paul Sanfourche à découvrir d’urgence aux éditions du Seuil, 19€.
Décrypter les liens entre la pop-culture et la santé mentale avec Pop & Psy
On termine là-dessus car la lecture du livre du psychiatre-millennial Jean-Victor Blanc pourrait bien servir de mode d’emploi pour mieux comprendre et décrypter les docus et livres dont on vous parle dans cet article.
Dans cet essai blindé jusqu’à la reliure de références pop-culture, l’auteur nous aide à mieux comprendre les troubles psychiques et les mécanismes de la santé mentale en s’appuyant sur la vie et les parcours de celles (et ceux) qui ont vu leurs carrières émaillées par la dépression, l’addiction, l’anxiété, ou la bipolarité. L’enjeu ? Faire tomber les clichés et les tabous sur la maladie mentale, et prendre à rebours le traitement médiatique réservé à ces questions pour éviter de verser dans la psychophobie.
Cerise sur le gâteau : Jean-Victor Blanc décrypte aussi des films pop de ces dernières années pour nous donner un regard critique sur la représentation cinématographique de la schizophénie (coucou Black Swan), de l’addiction ou du suicide (coucou 13 Reasons Why). Le tout porté par une plume sans langue de bois qui rend cet ouvrage hyper cool et ludique.
Pop & Psy, Comment la pop-culture nous aide à comprendre les troubles psychiques, un essai du Docteur Jean-Victor Blanc, à découvrir aux éditions Plon, 18€.







