Parce qu’il célèbre la plume d’Annie Ernaux

 

L’Événement est adapté de l’essai éponyme (et iconique) de the légende Annie Ernaux. Dans ce texte à la fois douloureux et salvateur, elle raconte son avortement clandestin à une époque où il était formellement interdit.

 

Dans le film, Anne tente de vivre pleinement sa jeunesse, entre ses études de lettres, ses copines et ses love d’un soir. Interprétée par la géniale Anamaria Vartolomei (coucou l’Oscar), elle passe par toutes les émotions possibles et imaginables, et ce n'est jamais gênant grâce à la caméra discrète et intimiste qui rappelle la plume de l'autrice.

Les dialogues comme la mise en scène sont d'ailleurs tout aussi subtils : pas besoin d’en faire des caisses à coups de justifications, Anne veut avorter et c’est tout. Le mot « avortement » n’est jamais prononcé, comme pour illustrer le tabou et le silence assourdissant qui régnait en 1963 autour de ce sujet.

 
 
Parce que c’est un sujet (malheureusement) toujours d’actualité

 

On a du mal à se dire que l’avortement est encore tabou et interdit dans de nombreux pays (Occidentaux) en 2021. Mais il suffit de voir ce qu’il se passe dans certains États américains ou en Pologne pour comprendre que les droits acquis par les femmes sont ultra fragiles. Des manifestations éclatent en ce moment-même à Varsovie après la mort d’une jeune femme enceinte à qui les médecins ont refusé de procéder à une IVG.

 

Ainsi, adapter le récit d’un avortement clandestin dans les années 1960 pourrait presque paraître has been si le sujet n'était pas aussi actuel - et la façon de le faire, inédite. Quand on pense que la plupart des films et séries modernes ont encore du mal à imaginer des personnages féminins qui ne sont pas là pour plaire à un homme (#malegaze), mettre en scène un avortement réussi sans tomber dans le misérabilisme relève carrément de l'exploit.

Dans L'Événement, on réalise à quel point les femmes ne disposaient pas de leur propre corps à cette époque. Avorter, c'était aller à l’encontre d'une société entière - des médecins à son entourage - avec un risque important d’y laisser sa vie. De quoi constater le chemin parcouru, mais surtout de se rappeler de l'importance de continuer de se battre pour défendre nos droits.

 
 
Parce que c’est la première fois que vous verrez l’avortement sous cet angle

 

Les scènes d’avortements sont d'habitude très peu montrées à l’écran, sous peine d’être censurées. Et quand ça arrive, elles sont souvent accompagnées d’une tartine moralisatrice qui donne le tournis #thanksbutnothanks.

 

Ici, il n’y a presque pas de musique, et on capte rapidement qu'Anne ne ressent aucune culpabilité, juste un besoin urgent de retrouver son corps, celui d’une jeune femme désirante et désirable, et ne pas avoir à endosser un rôle de mère qu’elle n’a pas choisi. La scène est cash. On voit tout, de A à Z, et spoiler, c’est hardcore. L'avortement est montré comme une « purge » libératrice d’un destin imposé. Peut-être la représentation la plus juste qu'on ait vu jusqu'alors.
 


L'Événement, un film d'Audrey Diwan avec Anamaria Vartolomei, sortie en salles le 24 novembre

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